À chaque génération son Perfecto

Article mis à jour le 29 juin 2023

D’Elvis Presley jusqu’à Pete Doherty, en passant par les Ramones et le mouvement punk, le grunge et Kurt Cobain, jusqu’au look hipster d’aujourd’hui, rares sont les symboles qui unissent autant de générations.

Le perfecto, un symbole des générations
Le Perf’ à travers les générations

S’il en est un, c’est bien le perfecto ! Cette veste en cuir noir a fait couler autant d’encre que de sueur. A l’époque, tout bon rockeur se rendant à un concert, arborait son « perf » fièrement, signe de l’appartenance à un mouvement contestataire de l’ordre établi.

Pensé et conçu comme une veste moto à l’origine, il a vite été détourné et adopté par les jeunes en quête d’identité, en signe de rébellion. A l’époque, le look rock se caractérisait d’ailleurs par cette veste noire, accompagnée de blue jeans ou d’un pantalon en cuir.

La veste perfecto incarne l’esprit rock à elle seule ! Quel autre vêtement peut se targuer d’une identité aussi marquée et aussi forte ?

Le perfecto : l’étendard de la révolte !

Le blouson perfecto est né noir. Dessiné et créé par Irving Schott, il avait pour vocation d’être le blouson motard par excellence. Toutefois, après quelques apparitions au cinéma, porté par Marlon Brando ou James Dean, le blouson noir a vite suscité l’engouement des jeunes rebelles.

Perfecto porté par James Dean
Le perfecto porté à merveille par James Dean

A la même époque naissait le Rock and roll et ses premières icônes. « Rumble » de Link Ray était censuré à la radio, éveillant la curiosité d’une génération qui s’ennuyait, en mal de repères et lassée par la bienséance institutionnelle. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres ! Le style rock était né.

Dès lors, les jeunes rebelles arboraient leur « perf » fièrement, rejetant ainsi l’ordre établi. Le perfecto est alors interdit à l’école et au lycée, sous peine de s’en voir renvoyé ! Le blouson noir est de toutes les rixes entre bandes. Le mouvement éponyme naît d’ailleurs de cet « uniforme » comme l’appellent les parents de l’époque. Loin d’en être un, il est le moyen de se démarquer du puritanisme ambiant, qui étouffe alors la jeunesse. La veste biker marque la « rock attitude ».

Le style motard est alors en vogue dans les années 50 et 60. Dans les rangs de la jeunesse, on arbore fièrement le perfecto et sa coupe ajustée. Les années 70 seront plus tournées vers les hippies et les « yéyé » en Europe. Mais à partir de 1977, nouveau coup de tonnerre : le Punk voit le jour !

C’est alors que le perfecto revient sur le devant de la scène avec le modèle Schott 118, troquant le cuir de cheval pour un cuir de vachette plus souple et plus léger. Ce dernier est certes plus adapté pour un usage citadin, mais il offre cependant une protection moindre pour les motards. On le torture et se l’approprie. Il devient à nouveau le symbole d’une colère et d’une révolte grandissante. Bien s’habiller est aux antipodes de ce que la jeunesse d’alors souhaite faire ! On transperce de clous le cuir de sa veste, on y grave des têtes de morts et des slogans anarchistes. Le perfecto en cuir noir, certes customisé et modifié, est de retour !

Une veste intemporelle

Le perfecto et la musique

Les années 80 laissent place au glam rock, plus déprimé et déprimant, mais comme auparavant, la rage d’un mouvement va faire renaître le perfecto de ses cendres. Le Grunge ! La musique, une fois encore, sert de catalyseur à la jeunesse des années 90, et l’icône du moment, Kurt Cobain, apparaît souvent avec son perfecto vintage et usé sur les épaules. Digne héritier du mouvement punk, il remue les codes et impose à nouveau le cuir noir aux yeux du monde. On le porte en XXL, usé de préférence, chiné dans une friperie si possible.

Les années 2000 voient alors l’apparition de stars déjantées. Et que portent-elles ? Un perfecto évidemment ! C’est au tour de Pete Doherty de faire revenir la veste noire en odeur de sainteté. Il est alors le compagnon de Kate Moss, égérie de bien des créateurs. Loin de passer inaperçu, le phénomène est rapidement repris par le monde de la mode.

C’est alors que le perfecto en cuir, symbole de rébellion, monte sur les podiums de mode ! Dès lors, les grandes marques nous apprennent comment le porter avec classe, et comment le marier pour être « tendance ». Il devient alors en cuir d’agneau ou en peau retournée pour coller aux standards de la mode. Il devient la pièce de choix de la mode masculine et féminine. Il est androgyne et dépasse les genres.

Il est amusant de remarquer qu’après avoir stigmatisé pour incarner le mauvais goût et la rébellion, il fait désormais partie des vêtements incontournables lorsqu’on est « in ». Plus d’un punk à l’époque en serait devenu malade ! Et pourtant, voilà 90 ans qu’il existe et qu’il continue de plaire à chaque génération, pour des raisons qui leur sont propres. Toutefois, force est de constater, que la création d’Irving Schott a su vieillir sans prendre une ride !